Le 5 août 2026, j'ai fini de lire le livre de Victor KEMPERER, LTI La Langue du IIIe Reich, traduction d'Elisabeth GUILLOT, préface de Johann CHAPOUTOT, Espaces libres, 2025, réédition en français Albin Michel, 1ère édition en français, Albin Michel, 1996 , 1ère édition originale en allemand, Reclam Verlag, 1975.
Ce que j'ai aimé :
1°) C'est un livre dont je n'avais jamais entendu parler et j'en ai appris l'existence assez fortuitement avec une cliente de la librairie Henri IV (15, boulevard Henri IV). Elle m'a convaincu ainsi que le libraire qu'un professeur d'histoire-géographie ne pouvait pas ne pas avoir lu ce livre et ils avaient raison.
2°) Le livre est écrit par Victor Klemperer (1881-1960), un universitaire spécialiste de la la littérature française du XVIIIe siècle. Lui-même juif, il avait épousé une "non-juive" ce qui lui a permis malgré les lois de Nuremberg, et malgré des persécutions et des situations très difficiles de survivre à l'horreur nazi.
3°) Le point de vue de l'auteur est très intéressant. Il montre comme les nazis ont créé une langue, qu'il appelle la LTI , Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich qui a imprégné les esprits même celles et ceux qui n'étaient pas nazi. Par exemple, il montre combien l'adjectif "fanatique" prend un sens positif avec les nazis.
4°) L'auteur ne fait pas qu'une analyse. C'est aussi un journal qui montre comment ce n'est que progressivement qu'il prend conscience de ce qu'est le nazisme, un peu avant 1933, et comment c'est pas étape qu'il est lui-même victime des mesures prises.
5°) Ce témoignage fait prendre conscience de l'efficacité de la propagande nazi. Il montre que par exemple une part non négligeable de la population croyait, à l'hiver 1945, à l'existence d'armes nouvelles qui allaient changer le cours de la guerre. Il montre que la nazisme était un acte de foi souvent irrationnel.
6°) Klemperer s'interroge sur les origines du nazisme. Il montre des filiations entre le romantisme qui a marqué l'Allemagne et la façon dont le nazisme repose sur les sentiments et non sur la raison.
7°) Klemperer fait un parallèle entre Theodor Herzl et Adolf Hitler. Il défend l'idée qu'Herzl en essentialisant les juifs a nourri l'idéoologie nazie et montre que le sionisme était rejeté par une partie importante des Juifs, notamment en Autriche et en France avant la guerre.
Ce que j'ai moins aimé :
1°) L'ouvrage manque un peu d'organisation. On passe des parties qui relèvent de l'étude du langage à ce qui ressemble à un journal. On est parfois perdu entre les deux démarches.
2°) Johann Chapoutot qui est spécialiste du IIIe Reich fait une très bonne introduction (voir mon article sur son livre La loi du sang du 29 août 2021) mais pour plus de clarté il aurait été utile d'avoir une chronologie et une carte montrant les différents lieux où a vécu Klemperer avec en parallèle une chronologie des principaux événements.

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